Au centre les patients étaient mis en situation dans des ateliers à visés psychothérapeutiques (ateliers jardin, bois, photo, vie scolaire, vie sociale). Le patient entrait au centre avec un objectif (pour ce qui me concerne, une formation en espace vert). Il passait d'atelier en atelier (rotation). Au bout de trois mois, l'équipe se réunissait (réunion de synthèse) pour juger de l'évolution du patient, par rapport à l'objectif de départ, qu'il fallait atteindre. J'allais ainsi tourner d'atelier en atelier, des mois. Je rentrais sur Toulouse un week-end sur trois au début. J'y voyais le vendredi soir le docteur De Subtil, pour le tenir informer de mon évolution et parce qu'il souhaitait faire mon suivi de traitement. Un lundi, de retour de week-end, je vis Mr le Docteur De Mocul Il souhaitait modifier mon traitement. Je ne voulais pas. Il me dit que j'étais à ce centre en hospitalisation comme une autre. J'insistais. Je lui disais que le Docteur De Subtil voulait garder la main dessus. Il me dit, en prenant une expression particulière sur le visage : "il ne faut pas se formaliser". J'en concluais que Mr De Subtil pouvait faire des histoire, officieuse. Une formation en entretien des espaces verts était en jeu. J'obéissais. Et je cessais de rencontrer le docteur De Subtil à l'avenir. Je compris ainsi que l'on était dans ce centre de réadaptation psychosociale en hospitalisation comme dans toute autre structure. J'avais quitté Toulouse dans l'idée de me rendre dans un centre de pré qualification. J'avais reçu, entre le jour de fin de période probatoire et le jour de ma demande écrite d'admission, une brochure publicitaire de la clinique privée qui abritait le centre. Elle vantait la maison et un taux de réussite dans la réinsertion professionnelle avoisinant les 75%. Pour une formation et un métier, il fallait passer par là. Avec le recul, je me demande si la Clinique ne confondait pas, dans sa brochure, l'évaluation des mérites de son système de réadaptation et son bilan comptable, son taux de rentabilité. Je tournais durant des mois. D'autres, déjà, tournait depuis des années. Petit à petit, je me demandais si le centre avait pour résultat autre chose que de multiplier l'inertie des uns, d'accroître la chronicité des troubles des autres, enkyster dans l'assistanat et permettre la continuation des dérives du plus grand nombre. J'avais entendu l'animateur de l'atelier jardin définir les « anciens » du centre « fainéants, assistés et profiteurs ». C'est vrai que certain tournaient depuis 2, 4, 6 et même 8 années. L'un d'entre eux, Mr Blairo était hospitalisé depuis 7 ans avec pour traitement un comprimé de Deroxat au coucher. Je sais bien qu'il souffrait d'une névrose obsessionnelle, mais y avait-il pour autant une logique, dans cette période d'hospitalisation, de santé mentale et de réinsertion.
C'était aussi la philosophie de l'assistanat et des aides de l'état : en veut-tu, en voilà. Ainsi un patient m'avait raconté que Mr Aloaloc, assistant social du centre lui avait proposé un moyen d'accroître son budget. Il s'agissait de faire une demande d'allocation d'adulte handicapé (AAH). Le patient n'avait pas le droit de la percevoir, car il possédait, déjà, une pension d'invalidité. Où plutôt, il aurait à faire son choix entre les deux. La demande est envoyée. La Cotorep, au vu du certificat médical du médecin, accorde le bénéfice de l'AAH. La Cotorep transmet l'accord à la CAF, qui effectue le versement. La mesure est rétroactive jusqu'à la date de la demande déposée. Il faut 6 à 12 mois pour que la Cotorep accorde le bénéfice de l'AAH. La Caf envois, ainsi, 6 à 12 fois 600 euros, montant de l'AAH. La Caf ensuite demande au patient de choisir entre la pension d'invalidité et l'AAH, le cumul étant impossible. Il choisit de rester avec la pension qu'il avait déjà, plus rentable. Le cumul dû à la rétroactivité, 6 à 12 fois 600 euros, par contre est acquis. Le tour est joué. Comme me l'avait rapporté Mr Blairo : "c'est pas très moral, mais la loi le permet", c'est la formule de Mr Aloaloc, assistant sociale. Melle De Camet, infirmière psychiatrique, m'avait dit (je le redis avec mes mots) : « Vous êtes tous malades parce que vous n'avez pas pu vivre. Il ne faut pas avoir des scrupules à demander des allocations. Si le statut d'handicapé vous gène et que vous demandez l'allocation pour l'argent et bien faites le. Cet argent il vous servira. A moment donner il faut faire les conneries que l'on a pas pu faire avant ». Bref. Nous étions de grands adolescents que personne ne poussait vers la sortie. Logés, nourris, blanchis, fumettes dans les chambres, Leader Price pas loin pour l'alcool à bas prix. Franchement, (certains appelleront cela de l'orgueil), je me sentais davantage tirer vers le bas que tirer vers le haut. Et puis tout le monde y aller de son conseil. Du médecin chef à la dame de service, en passant par la stagiaire infirmière première année. Et les réunions de synthèse s'étonnaient que je perde de mon objectif d'arrivée. Que je m'éparpillai. J'avais fait des remarques en ce sens à Mr Mocul. Il s'était mis en colère. A ses yeux, je ne faisais que du clientélisme. Et il fini par partir dans une de ses circonlocutions habituelles (je le redis avec mes mots) : « Montaigne, il vivait pas loin d'ici. Au début il était seul, puis il a trouvé un ami... et dans ses "essais" il le dit : qu'un ami est une chose bien douce ». Sur le coup, je n'ai pas trop réagis. Clientélisme : quand je rentre dans une pâtisserie et que le vendeur me vante les mérites d'un gâteau, je peux, soit, penser que je vais être le dindon de la farce. Mais je ne peux pas imaginer qu'il y a sous la cerise matière à me faire enculer et handicapé pour la vie davantage. Aujourd'hui, en matière de psychiatrie je sens mieux ce genre de recette. On les appelle science, aides, soins, bons conseils ou bons sentiments.
Et je continuais à tourner (une usine à merde, ai-je écris ailleurs). Au bout de plus d'une année, quelques rotations et quelques réunions de synthèses, je fis un bilan et Mr le Docteur De Mocul me dit : « Oui. Une formation en entretien des espaces verts. Oui, pourquoi pas. Mais je crois que vous devriez faire avant toute chose une psychanalyse. Après quoi, vous pourriez faire ce que vous voulez vraiment. Et puis vous avez fait des études. Vous pourriez faire mieux ». Le docteur De Mocul me dit aussi que : « moment donné, dans la vie, pour s'en sortir, il faut tomber sur des gens compétents ». Le Dr De Mocul me redit qu'il remettait en cause le diagnostic qui avait été posé sur moi. Du moins, me le laisser croire. Et J'y croyais. Vous comprendrez qu'un diagnostic de délire psychotique aigu (que ce soit une schizophrénie ou une paranoïa), peut être en soi une épreuve. Salvatrice, aussi, parce qu'on sait contre quoi l'on se bat. Mes c'est des rêves et une vie qui s'effondre. Un projet à rebâtir. Et un deuil à faire sur une partie d'avenir à jamais perdu. Je ne pouvais que croire un diagnostic moins sévère. C'est naïf, et simplement humain. Je demandais à Mr Mocul le diagnostic qu'il posait. Comme toujours il restait vague. J'avais déjà obtenu certain éléments de réponse : névrose, hystérie masculine, problème de trouble de l'humeur, "vous êtes peut être à cheval", "à la limite". Il me dit qu'il avait, jeune diplômé, soigné en Afrique avec l'armée. J'avais droit à la pathologie « africaine ». Mais il disait ne jamais m'avoir senti « déraper ». Je n'avais sûrement pas fait « un gros délire ». Je n'étais pas "un grand fou". J'allais voir sur ces conseils monsieur le docteur De Lamerde De Plus, médecin psychiatre, exerçant en tant que psychanalyste. Deux rendez vous avec Mr De Lamerde De Plus et il me dit que j'étais prés pour une psychanalyse. Deux séances par semaine, d'abord en face à face. Je quittais progressivement le Centre. On m'attribuer le bénéfice de l'AAH, pour une autonomie et que je puisse prendre un appartement sur Bordeaux. J'avais obtenu une reconnaissance de handicap à 60% à la déclaration de ma maladie. On me fit obtenir une reconnaissance à 80%, pour des revenus plus confortables. Se fut difficile de m'envisager sous cet angle. Mais bon. Il fallait passer par là. Et puis j'allais la connaître, elle. La psychanalyse, j'allais être sauvé. Je continuais à voir le docteur Mocul, pour mon suivi de traitement, à une consultation du soir qu'il tenait à Bordeaux.
Un jour je racontais à Mr De Lamerde De Plus que mon père m'avait offert un chien, un labri, quand je suis tombé malade. Il était venu me le montrer à la clinique où j'avais été hospitalisé à la déclaration de ma maladie. Je lui racontais et je fis un lapsus. Je dis au docteur De Lamerde De Plus : « Il m'a appelé le chien » (au lieu de « il m'a offert le chien »). Le Dr De Lamerde De Plus me dit : « Vous l'avez entendu ? ». « Oui », je dis. Il reprit empressé : « Vous l'avez entendu le lapsus ? ». « Oui », je répète. Le docteur De Lamerde De Plus me dit alors : « Il est temps alors que vous vous couchiez sur le Divan. Il est temps de régler le problème définitivement ». Nous fixions à 50 francs ce que je devais lui donner en plus des remboursement Cpam. En liquide. C'est symbolique. "Pour racheter mon humanité", j'apprendrais plus tard. Après avoir tant tourner, j'allais m'allonger. Cette fois c'était pour de vrai. J'avais souvent parlé de l'étudiant en architecture dont j'étais tombé amoureux. Je parlais maintenant d'architecture. Au retour d'une séance, un jour, j'avais un message sur mon répondeur : « Ian, bonjour, c'est M. Teto des Beaux Arts. Peux tu me rappeler à mon bureau au n° ..., c'est au sujet du concours d'entrée de l'école d'architecture ». Je pensais à une erreur ou à un idiot qui me faisait une farce. Le lendemain, nouveau message : «Ian, c'est toujours Michel Teto, peux tu me rappeler à mon domicile au n° .... ». Le surlendemain je racontais l'anecdote à Mr De Lamerde De Plus. Il me dit : « Comment dites vous ? Michel ?". « Teto », je dis. Il me dit : « Teto, téton ? », il me dit. « Je comprend pas le jeu de mot », je lui dis. « C'est pas important", il répond. Je dis alors au Docteur De Lamerde De Plus : « J'aimerais bien que ça m'arrive des choses comme ça". Il rigola sans rien ajouter. Je pensais sais vrai, ça mets arrivé à moi. Je lui dis : « C'est quand même le plus beau métier du monde, architecte ». Et c'est là qu'il me dit : « Je vous sens profondément architecte. Il faut que vous repreniez des études, pour vivre ce métier ». 32 ans, psychotique, et dyslexique et dyscalculique. Mais à l'époque des faits je ne le savais plus trop. J'espérais beaucoup de cette cure. Il n'est pas trop bon de rêver face à certain docteur en médecine. L'idée en moi germer, reprendre des études. Le docteur De Lamerde De Plus me dit aussi que je pouvais arrêter mon traitement, qu'il ne me sentait pas assez malade pour que je continue à le prendre. Je demandais conseil au docteur Mocul, à la consultation du soir. Il ne contraria pas son collègue. Ce fut beaucoup de bonheur coup sur coup. Une semaine plus tard j'étais ré hospitalisé pour la première fois depuis 10 ans. J'étais sur un lit d'hôpital, je croyais perdre les eaux. Ce « plus beau métier du monde » avait mérité un peu d'introspection supplémentaire. Rassurez vous. Je ne faisais que pisser.
Mais c'était, parait-il, un tout petit délire de rien du tout. Lors de cette hospitalisation, je me prenais légèrement pour un vampire. Mais, vous direz ce genre de docteurs en médecine : « Quand le délire évolue, c'est la personnalité qui évolue. C'est bon signe. Faut continuer ». Ce fut pour moi, une grande tristesse, un choc supplémentaire, un espoir de plus envolé. Je disais au psychanalyste que je voulais arrêter, ou bien essayer autre chose. Il me répondait : « Mais pourquoi voulez vous essayez autre chose, qui existait avant la psychanalyse ». J'allais voir le docteur De Mocul, qui s'occupait de mon suivi. Je lui disais que je voulais essayez autre chose. Il prenait l'annuaire, feuilleté et disait : « Oh là, ça sent le souffre, ça sent le souffre ». Je souhaitais arrêter mais le psychiatre psychanalyste me disait : « Vous rechuter parce que vous n'aller pas jusqu'au bout de vos désirs. C'est parce que toujours vous faites machine arrière ». Cela ne m'engageait pas à arrêter la cure. Je disais, au même, psychiatre : « Vous ne savez ce que c'est que délirer. Rechuter, c'est très dur ». Il me répondait : « C'est facile de mettre votre psychanalyste hors de votre expérience. Qui vous dit que votre psychanalyste n'a pas connu, lui même, ce genre de délire ». Cela pouvait me faire espérer être un jour à mon tour psychanalyste. C'est vrai que la déréglementation en vigueur me le permettrait. J'allais dire à Mr Mocul que la psychanalyse, c'est « une vraie vacherie ». Il me répondait : « Quand on remue la merde, cela pue. Mais il faut à moment donner crever l'abcès». Et il y allait de son refrain habituel sur les rêves, « la voie royale », « le génie de Freud », il fallait continuer, j'étais sûrement « un grand résistant ».Et puis le Dr De Mocul m'avait dit que personne ne pouvait être totalement gentil, « vous avez bien des chose méchante à dire ». N'aimant pas la méchanceté je ne pouvais que poursuivre ces conseils pour vider le mal. Surtout j'avais appris que l'on allait en psychanalyse « racheter son humanité ». Alors moi le « sorcier », celui qui n'aime personne « au fond de lui », il fallait d'autant plus que je la rachète. Il me disait aussi que j'étais « épris de justice » et il voyait là, seulement, un défaut de caractère. J'étais pris au piège. Il me disait aussi : « vous vous sentais investi d'une mission ? » et moi, buvant ses paroles, je souhaitais comprendre pourquoi il pouvait dire cela de moi. Ces genres de docteurs en médecine sont bons pour mettre en avant des concepts, des catégories, des définitions pour nous assurer de leur science, et assurer leur autorité, leur pouvoir de nous guider vers les chemins qu'ils nous veulent. Pour mission, je choisissez donc de continuer à m'allonger, d'aller une nouvelle fois me faire éventrer l'esprit sur le plumard de son confrère. Et le docteur de De Lamerde De Plus continuait de vouloir modifier mon identité sexuelle. Mettais en oeuvre tout son art pour me sortir d'une « logique d'échec ». Il me dit : « Vous n'êtes pas homosexuel. Il faut que vous trouviez quelqu'un qui vous suce doucement, gentiment ». Je me demande ce qu'il pouvait comprendre au juste de mon problème. De mes désirs, mes érections, mes « bandaisons » comme il les appelait.
Publié par mayoune à 17:57:57 dans . | Commentaires (0) | Permaliens