Mais reprenons le cours des événements. Je me croyais détenteur de pouvoirs paranormaux dans cette faculté de science humaine. Mon sort, je le jetais sur un étudiant en architecture. Il prenait la même ligne d'autocars que moi. A Toulouse, l'école d'architecture et l'Université de sciences humaines sont côte à côte. Il était ce qu'il me manquait. L'image du « grand architecte », sans que je n'en sois conscient. Celle aussi du père bâtisseur qui structure. Puis celle de l'ami, de l'amant, avec ses yeux doux, ses mains calmes et le respect qu'il posait sur les autres. Quand j'étais enfant, mon père avait en charge le ramassage scolaire au village. Les bus, de vieux Saviem cabossés, il les peignait en rouge. Pour qu'on les voit de loin, pour qu'il n'arrive rien aux enfants. Il m'avait interdit d'y monter. Il n'y avait que lui qui pouvait me conduire. Un jour, durant les grandes vacances, j'y suis monté pour jouer. Je m'y suis fais violé. « Ecarte », il m'a dit. Puis plus tard il a rajouté : « T'aurais pas une maladie ? J'ai des boutons sur le gland». Et dans ce bus qui me conduisait à la Fac, et avec cet étudiant dont j'avais fini par tomber amoureux, une image de plus planée. Jamais je n'ai pu m'approcher. En Anthropologie, par ailleurs, nous devions faire une petite étude. Je souhaitais étudier "la place du prêtre dans la ville". Cela faisait peu époque dans cette faculté de Toulouse-Le Mirail. Le professeur leva les yeux au ciel à l'annonce du sujet que je souhaitais traiter. Je laissais tomber mon projet. Je choisi comme tant d'autre de traiter des sorties en boites de nuit. Autant dire que je ne fis aucune petite étude. Le sentiment religieux, des fois, il vaut mieux ne pas l'avouer. Il est des lieux où l'on normalise la singularité. Plus tard on tentera de m'en guérir avant même que je n'en pris conscience. Comme me le dirait plus tard le Docteur De Lamerde De Plus, noble représentant de la psychanalyse bordelaise :" Des millions de gens fréquentent les églises et cela ne change rien à leur vie".
Ma mère est née à Neuilly-sur-seine. Ma grand-mère était concierge et avait préféré, au dernier moment, élever son enfant en fille mère plutôt que se marier. Aussi ma mère...bénéficiait d'un peu d'attention particulière de la part du "patronage" de l'Abbé Bouzigues. Elle y avait connu Mère Marie de la Croix. Aujourd'hui Oblate de l'Eucharistie à Rueil-Malmaison et très âgée. J'avais rencontré la religieuse au cours d'un de ses pèlerinages à Lourdes qu'elle effectuait chaque année. Elle m'avait dit : « Il y a chez vous un mélange d'intelligence et de grande naïveté, vous devriez vous méfier de certains médecins ».Je n'ai pas compris sur le coup ses paroles. Elle me donna un marque page avec un anneau d'amarrage et la citation de St Paul: « Saisissez fortement l'espérance qui vous ai offerte ». Cela je ne l'ai pas oublié. Et j'ai toujours cru qu'il y avait un possible, une chance.Mais pour le moment je connaissais, finalement et seulement, la psychiatrie. Pas d'hospitalisation à ce premier délire. Un entretien de suivis 1 fois toute les 3 semaines. Un traitement que j'avais du mal à supporter. Six mois plus tard je rechuter. Une amie de Lycée, Melle De Frites, étudiante en sciences politiques, me proposa de me faire fumer une cigarette de cannabis. Ce fût la première et la dernière. Nous avions fait un voyage ensemble, l'année précédente, à Venise. Pour Melle De Cone, c'était cousu de fil blanc. Moi, j'étais naïf. Melle De Cone devait partir avec nous. Mais Melle De Frites
fit en sorte que De Cone, qu'elle voyait comme une rivale possible, ne vint pas avec nous. A Venise, dans la même chambre, dans le même lit, ce fut un flop. Je n'avais pas d'ami à qui parler de cet incident mineur. Il enfla, donc, dans ma tête.
D'autant que Melle De Frites m'en fit endosser la responsabilité. Je compris plus tard que l'attirance pour les individus
de mon sexe n'expliquait pas tout. Une fille bien foutue, pour ce genre de caprice, cela aide. A la « prairie des filtres »
à Toulouse, me proposant un joint, Melle De Frites voulait encore comprendre, expliquer. Je cru dans les 5 minutes que l'on
pouvait lire dans mes pensées : cette fille moche, mal foutue, avec son corps mort et son odeur de frites. Ce fut l'expérience la plus dure de ma vie. Je mis un pied définitif dans la maladie. Ce fut, aussi, ma première hospitalisation : camisole chimique, cure de sommeil, le délire continuait, ce fut électrochocs pour en finir. Cette fois-ci, j'étais anéanti.
En classe de philosophie, au Lycée Polyvalent du Mirail, J'avais Mme De Lanone. Le magazine « Envoyé spécial » lui avait consacré une émission : « Des profs comme on en fait plus ». J'avais étudié le thème de l'inconscient. Mme De Lanone se disait opposer à la psychanalyse par tradition philosophique. Elle nous avait pourtant parlé de l'émission "Psys", en vogue à l'époque. Elle nous parlait d'une émission où un psy tentait de dénouer le problème entre une mère et son fils. Elle nous dit : « Ils ne s'entendaient pas, ils parlaient, ils parlaient, puis ( ) je ne sais pas comment vous dire ( ) il y eu comme ( ) je sais pas vous exprimer ce que j'ai ressenti devant l'émission ( ) pouf, ça s'est dénoué ». C'était le début de la télé réalité. 30 secondes pour convaincre. L'agrégée s'y ai fait prendre, et avec elle les plus cancres. Je n'ai eu qu'un seul prof : Mme De Droite, dites la Boiteuse. Avec elle j'ai appris à peu prés à écrire. Avec tout les autres je n'ai appris qu'à fermer ma gueule et à ingurgiter. Il n'y a rien de pire qu'un professeur de gauche pour se forger une critique. Quand s'est déclarée ma maladie je n'ai pu que me dire : « Si un jour tu t'en sors, cela passera forcement par la psychanalyse ». Quelle autre réponse me proposait cette époque ? Aucune. Télévisions, journaux, magazines font référence à leurs analyses. Les « Psys » ont le monopole de l'analyse de l'âme, du cœur et des chemins. Et les techniques et les outils marketing de ces Docteurs en médecine feront le reste. Quand on me proposa le Divan, ce fut dans cet état d'esprit : j'allais enfin la découvrir, la géniale, la magique, la miraculeuse, la panacée, sans quoi rien n'est possible, le passage obligé d'une pensée sure, sereine, une pensée avec recul, le passage obligé pour un bien-être, une vraie liberté. Enfin, j'allais pouvoir me révéler à moi même, connaître mes désirs vrais, le chemin que j'ignore et pourtant pour lequel je suis fait. J'allais être de ceux là.
Mais reprenons le cour de l'histoire. J'étais anéanti, une vie, des rêves effondrés à jamais. 1 mois d'hospitalisation en Clinique psychiatrique. Puis une admission à l'Hôpital de jour de la MGEN à toulouse. J'y bénéficiais d'une thérapie de soutien menée par Madame De Culot, psychanalyste. En face à face, 2 fois par semaine. Mon père était retraité militaire et artisan. Il m'avait dit : « Tu n'es pas si fou que ça. Il faudrait que tu travail un peu, pour te sentir utile, comme tout le monde et remonter la pente ». Dés l'année suivante, il m'embaucha dans son entreprise, après l'avis favorable de Madame De Verol. Elle voyait là une chance pour mon mieux être et ma réinsertion. Je quittais bientôt l'hôpital de jour, et je continuais à voir Madame De Culot, à son cabinet à présent. Puis arrêter de la voir au bout d'un an. Suivis 7 années d'entière stabilisation.Je me souviens de mon père. Dans ce centre nous avions une demi heure d'atelier le matin et une demi heure l'après midi. Le reste du temps, nous le passions à fumer dans le salon. Les plus chanceux baisaient dans les chiottes. Mon père était venu à un rendez vous avec le médecin chef. Il vous discuter avec elle de son intention de m'embaucher dans son entreprise. En avance, il avait visité le centre. Et au cour de l'entretien, il lui dit : "Que mon fils soit plus fragile que les autres, je peux le comprendre. Mais qu'il devienne un feignant, je ne pourrais pas l'admettre. Et si il reste ici, il deviendra un feignant". Le médecin chef lui retourna : "Monsieur B. Vous apprendrez que les feignants cela n'existent pas". Mon père savait pourtant d'expérience qu'il en avait été un. Ma tante m'a souvent raconté que jeune, mon père était une véritable couleuvre. Il était impossible de lui faire faire quoi que se soit. Jusqu'au jour où mon grand père, lui dit :"Maintenant tu dois faire quelque chose de ta vie. Soit tu travailles, soit tu quittes la maison. Je te conseille de t'engager dans l'armée". Mon père s'engagea. Et il n'arrêta plus de travailler jusqu'à sa mort. Je me souviens de mon père et de ce jour. Nous, pauvres humains, sommes peu de chose face à ces grandes gens qui savent tout de science. Et ma maladie est aussi cela. Cette société tue délibérément le père. Nous sommes devenu un pays d'institutrices et de cheftaine à tapettes.
Mais pour l'heure, j'allais travailler. Je tissais des liens nouveaux. J'étais autonome financièrement. J'avais pour traitement un neuroleptique de base. Le Docteur De Subtil faisait mon suivis médicamenteux. Je le voyais 1 fois toutes les trois semaines. Cette expérience de travail dans l'entreprise familiale me fit opérer un rapprochement avec mon père. C'est bien là, le bénéfice essentiel que j'en retiens. Mon père fut atteint d'un cancer qui plus tard devait l'emporter. Nous avions discuté d'un metier que j'aurais pu apprendre. Je souhaitais entreprendre une formation dans les espaces verts. Je souhaitais trouver un emploi dans une mairie. Ayant bénéficié d'une reconnaissance de handicap à 60%, par la Cotorep, à la déclaration de ma maladie, je pouvais espéré par ce biais une formation. Le Docteur De Subtil me parla d'un centre de réadaptation psychosociale dans l'agglomération bordelaise. Il était agrée par la Cotorep pour évaluer les capacité des handicapés à entreprendre une formation. Je m'y fis admettre pour une période d'essai de 5 jours, période probatoire. 5 jours, 5 ateliers psychothérapeutiques et d'évaluation. Je dis le dernier jour que je souhaitais être admis pour une période de réadaptation proprement dite. Le Docteur De Mocul, médecin psychiatre en chef du centre me promis une place dés que j'en ferais une demande écrite. En rentrant à Toulouse, mon père était décédé au petit matin de ce vendredi 2 août. J'allais être, plus tard, de part ma nature et dans cette période particulière de ma vie, attentif à écouter et à suivre les paroles du médecin chef. J'allais partir pour Bordeaux quelques mois plus tard. Finalement, j'allais connaître, seulement à cette occasion, le visage de la psychiatrie. Les petites cuisines personnelles avec dépendance, les thérapeutiques sauvages et aléatoires, et les dérives que trimballe la psychanalyse dérrière elle. J'allais mettre les deux pieds et goûtais au merdier et aux foutoirs d'un milieu professionnel. Avec le recul aujourd'hui, je peux dire que la maladie parfois n'est rien. Qu'à être atteint par une maladie chronique, autant rester malade et vivre à peu prés normalement que de faire confiance à ce genre de Docteur en médecine et de rechuter par le seul fait de leur "science" et leurs bons sentiments.
J'arrivais à Bordeaux, à ce centre de réadaptation psychosociale dans une clinique privée de l'agglomération. Je devais choisir mon médecin referant. Melle De Camet, infirmière psychiatrique, me conseilla le Docteur De Mocul. « Mr De Mocul c'est... Mr De Mocul c'est... c'est pas comme Mr De Medite (second du médecin chef) qui est un pur psychanalyste. Le Docteur De Mocul est fils de paysan, il a les pieds sur terre. Vous verrez, il est très bien », me dit-elle. Il est vrai que le Docteur De Medite avait mauvaise réputation. Un patient racontait qu'il l'avait vu plusieurs fois tombait en pleine méditation devant une benne à ordures. Et depuis il culpabilisait pour n'avoir pas su porter assistance à son médecin référant. Il est bien là le génie de Freud. Sous couvert de pouvoir un jour réparer des neurotransmetteurs défectueux par l'écoute et le silence, on accorde obédience à ce genre de dégénéré chronique. Et il serait temps que les neurobiologistes et les neurologues, ayant suffisamment de science dans l'art de manipuler l'Haldol, fassent entendre leurs voix. Les Docteurs De Lamerde De Plus & Compagnie pourraient bientôt s'accorder de plein droit le don de faire repousser la moelle. Le Docteur De Medite quitta plus tard le centre. Un médecin neuropsychiatre fit une période d'essai. Et ne souhaita pas signer un contrat de travail avec le centre. Avait-il senti que son apport personnel quant à la stabilisation des psychoses serait irrémédiablement dissout dans les rouages de cette usine à merde ? Il faudrait lui demandait. Je me souviens de lui dans la première semaine de son arrivée. Il sortait d'une réunion d'équipe. Une réunion de synthèse. Il sortait de la salle les bras en l'air et disait à qui pouvait l'entendre : « Je laisse cela à ceux qui y croient ! Je laisse cela à ceux qui y croient ! ».
Publié par mayoune à 18:08:00 dans . | Commentaires (0) | Permaliens