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Juste rien et 2 poils de chèvre.

La fenêtre d'un philosophe malement euthanasié.

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du | 20 mai 2006

Je me souviens du hangar où mon père rangeait ses autobus. C'était une battisse en terre battue, au centre du village. Peut-être une ancienne ferme. Elle était propriété d'une vieille dame, à l'origine, dont je ne me souviens plus. C'est ma mère qui s'était installée à son compte, au village, la première. Mon père, au sortir de sa carrière militaire, occupait un emploi de gérant d'un parc Hlm. L'idée de se mettre à son compte était dans sa tête depuis toujours. Des amis, retraités militaires, s'étaient installés déjà comme ambulancier. La profession était naissante et déréglementée. Il ne fallait pas de diplôme pour exercer. Alors pourquoi pas lui. Il envoya sa femme en éclaireuse. Il fallait savoir si une telle entreprise était viable dans ce village, avant de démissionner de son emploi. Deux ans plus tard, il se lança. C'était jouable. Jouable surtout grâce à la retraite militaire sur laquelle la famille pourrait toujours compter. Il démissionna. Ses patrons lui proposèrent de doubler son salaire. Il refusa et parti. Il s'engagea une nouvelle fois, devrais-je dire. Et ce fut toujours un grand combat pour toujours avancer. Et la retraite militaire fit vivre la famille entièrement les premières années. Et, au gré des vents qui secouent les petites entreprises, elle fut toujours un havre de liberté, le récif qui éloigne du naufrage. C'est cela aussi d'être petit patron. Ainsi, le couple d'artisan ne roulait pas sur l'or. Ma mère ne cotisa jamais pour une retraite. Elle travailla pourtant 12 heures par jour, tous les jours de l'année, et parait-il davantage que mon père. Et au plus beau jour de leur entreprise c'est 20 000 francs par mois qu'ils gagnaient à deux. Et la propriétaire de la battisse voulait vendre, et à eux. Mais parent ne voulaient pas acheter, n'en imaginaient même pas la nécessité, et n'en avaient pas vraiment les moyens. Mais c'est à eux qu'elle voulait vendre. Elle leurs disait : vous verrez vous en aurez besoin, il vous la faut. Le couple repoussait la proposition d'abord, puis par les assauts répétés de la vieille ils achetèrent.


Je me souviens d'un jour, je jouais dans une des pièces de la battisse. J'étais seul et j'explorais les murs. Il y avait des niches et je me lançais dans une chasse au trésor. Je rentrais mes mains dans chaque trou, et dans un, trésor il y eut. C'était dans un linge de gros lin. Des bijoux. Des broches. Des poissons et des hiboux. Je dirais, en or, mais l'enfant voit de l'or partout. Des billes de couleurs jaunes, rouges et verte étaient en guise d'yeux. J'étais heureux et comme de nature prés à être généreux et faire des heureux. Je suis allé parler de ma trouvaille auprès de la plus jolie fille du village. Une fée rêvant de château, de richesse, de prince. Je ne me souviens pas si je lui ai donné une des broches. Mais de l'existence de mon trésors, elle le su. Elle parla sans doute. J'avais remis le tout dans la niche. Et le jour où j'y suis revenu, les bijoux n'y étaient plus. La fée en question est issue de ce genre de famille qui bave toujours sur la fortune des autres. Ce genre de famille qui critique, crache, déteste sans connaître, sans comprendre. Ce genre de famille qui va jusqu'à rejeter son propre chef de famille parce qu'il est ouvrier. Parce qu'il est le témoin vivant de la vie de femme qu'elles n'ont pas eue ; parce qu'il est l'empêcheur vivant de vivre dans leurs contes de médiocres. Parce qu'il est un dur rappel aux réalités. Ce genre de famille crasseuse, futile, idiote, de laideur d'âme qui s'engouffrera joyeuse dans l'esprit des années 80 glorioles, sans adhérer pourtant à la philosophie de fond, tant elle leur renvoie une condition qu'elle rejette, préférant manoeuvrer plus avant et s'établir enfin à des tables ou en des m2 de notoriété. La laideur des faubourgs. La plus belle fille du village, la si belle fée d'autrefois, vous la reconnaîtrez si vous passez par là. Comme un nez au milieu de la famille, elle se voit.  Une sorcière. Elle a changé, vieilli. Elle s'est ridée et enlaidie. Elle veut toujours  un château. Elle promène sur son entourage un regard de châtelaine pré établi. Elle n'est pas de ceux, là. Elle est une fée. Elle est laide. Elle n'a pas changé. Une sorcière.


Plus tard, je prendrais des pièces anciennes d'une collection à mon frère et j'organiserais aux copains une chasse au trésor. Avant ou après, et c'est bien certain, je donnerais à la fée médaille de baptême de ma mère. Je trouverais sur le chemin de l'école une bague, et je m'empresserais de demander si elle n'est point à sa mère. Et elle l'est. Je trouverais beaucoup de trèfles à quatre feuilles. Avais-je un truc ? Je gagnais chaque mise à la kermesse de l'école. Jusqu'au moment où j'ai voulu faire gagner Sœur Claire avec ses sous. Je misais pour elle. Ce fut perdu. Faute biblique ? Je triomphais, vainqueur, de l'élection au conseil de la coopérative scolaire. J'étais brillant. Les enfants de notables n'y comprirent rien. Et je pouvais distribuer règles, crayons compas, équerres, gommes, tubes de colle, cahiers gratuits aux enfants pauvres. Et cela n'était point, je le jure, mon programme de gouvernement.


Je me souviens de cette fée, cette sorcière, des années après. Elle me demandais si je n'avais pas quelques bouts de vieil or ou quelques dents creuses qui se perdaient par endroits. Il lui fallait le compte et se fondre un bijou. Plus tard toujours, elle sonnait à ma porte pour quelques pièces. De quoi s'offrir un test de grossesse. Ce n'était plus la fée, c'était toujours la pute. Et me faire parrain de son chien, quel honneur, princesse ! Il est comme vous. Un vrai dégoût. Les défauts de vous et de votre famille et rien de son père noir que vous avez chassé. Car il faut dire que dame princesse se prend aussi pour déesse noire. Et il faut la voir vomir et cracher toujours pour comprendre pourquoi.


Je me souviens aussi de l'école et d'une sortie à la montagne. Un des enfants fit une chute. L'instituteur directeur était en tors. Il fallu attendre l'hélicoptère et ensuite redescendre en silence. Je trouvais l'ambiance lourde et je préférais amuser pour ne pas pleurer.  Ce fut raconté. En détail. C'étai en début de classe. L'institudirecteur prit la parole, le temps était grave. Et sans nommer l'odieux qui avait rit, il dit que cela était inadmissible, que c'était mal, qu'il préférait de ma citer cet individu. Bref, ce vieux, merdeux, en faute, vous sauver sa réputation. Bientôt, il serait peut-être maire. Le rose avançait. Il fut premier adjoint, premier amant de la cause. Qui était allé raconter ? Etais ce cette fille de bourgeoisie spatiale, prétentieuse, arrogante, hautaine, puante, comme son père, disait-on ? Ce père qui, plus tard, se ferait crever par une chienne, sa propre femme ? Où bien, ma joie de vivre était partie droit aux oreilles de ce sale con via quelques petites putiotes de village, de laideur des faubourgs ? Ce genre de pute en devenir, prêt à tout pour se faire accorder bon point, image de marque. Ce genre de crasseuse avide de notoriété, d'une chaise et d'un goûter en des places de notariats locales. Et jusqu'à plus tard dans leurs vies cirer, lécher, sucer, se faire prendre, voter, représenter, militer pour, œuvrer pour, bref, servir. La puanteur des faubourgs.


As-tu connu toi aussi cette crasse ? D'où venais-tu ? En serais-tu issus toi-même ? Fais tu toujours parti de ceux, là ? L'architecte ? M'entends-tu ? Parle moi. Ton enfance à toi ? As-tu changé ? Qu'as-tu appris ? Puis-je te donner un peu sans que tu me voles ? Es-tu doux, amant ? M'aurais-tu guéris de ces fanges ? Etait-il déjà trop tard dans ma vie ? Etais-je mort, déjà ?  Suis-je toujours en vie ? Est-il toujours possible ? Un ami ? Une douceur, un abri, un sac de bille ? Parlerons-nous, un jour ? T'entendrais-je rire ? Verrais-je enfin tes dents, mon loup ? Je t'aime. Tu sais. Toujours. Comment autrement possible? Il y avait de l'amour dans ton accent.


Mais reprenons. Faut bien que je leur parle un peu, à eux, aussi. Tu m'en excuses.

Publié par mayoune à 12:03:26 dans . | Commentaires (0) |

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